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Donald Trump : une réponse au déclin relatif des USA

Bien que Hillary Clinton (59,4 millions de voix) ait devancé Donald Trump (59,2 millions) celui-ci a emporté l’élection du fait du système fédéral états-unien. Clinton a perdu 6,5 millions de voix par rapport au vote Obama de 2012 (10 M par rapport à 2008) alors que Trump a perdu 1,7 millions par rapport au républicain Mitt Romney (2012). En bref il n’y a pas eu de vague pro-Trump mais une mobilisation de l’électorat républicain alors que Clinton a plutôt fait fuir des démocrates.

Il n’aura fallu qu’une journée après l’élection de Trump pour que le Dow Jones reprenne sa progression atteignant même un nouveau record le jeudi 10 novembre. Visiblement son programme, annoncé, ne semble guère effrayer les financiers.

En matière fiscale il veut réduire le taux d’imposition sur la tranche haute de l’impôt sur le revenu (33% contre 39,6% actuellement) ainsi que l’impôt sur les sociétés (15% contre 35%). Les multinationales états-uniennes seraient incitées à rapatrier leurs capitaux de l’étranger par une diminution de la taxe qui s’y applique. Les revenus et patrimoines des plus riches s’en porteront d’autant mieux et les inégalités se creuseront davantage. Par contre Trump veut supprimer l’Obamacare.

Si le Dow Jones a atteint un nouveau sommet cela tient aux hausses importantes enregistrées dans nombre de secteurs économiques (travaux publics, transports…) qui profiteraient des grands travaux d’infrastructures (1.000 milliards de dollars annoncés par Trump) et de la contestation des politiques environnementales et anti-réchauffement climatique (industries extractives, énergies fossiles…) ce qui ne fait évidemment pas l’affaire du secteur œuvrant à la transition énergétique et écologique. Par contrecoup le Nasdaq, bourse des valeurs technologiques, a reculé.

Il a aussi annoncé vouloir suspendre les traités et instaurer des mesures protectionnistes. Les importations de Chine sont particulièrement visées puisqu’il a menacé de porter les droits de douane à 45% contre environ 4% actuellement. Mais le peut-il tant ces économies sont imbriquées ? Par exemple WalMart, géant mondial de la distribution avec 2,2 millions d’employés, classée première entreprise au monde en terme de chiffre d’affaires dont 80% des produits vendus sont fabriqués en Chine. Et nombre de sites de production sont en fait des délocalisations d’industries US ou leurs sous-traitants. Difficile d’imaginer que ces secteurs capitalistes se laisseront faire sans réagir surtout qu’on y trouve des « fleurons » de la Silicon Valley. La Chine continuera-t-elle à financer la dette US à un tel niveau appelé encore à augmenter avec le programme de Trump si, comme il l’annonce, les Etats-Unis utilisent des mesures protectionnistes à son encontre ? Laissera-t-elle les entreprises US exporter ou produire dans et pour l’immense marché chinois comme si de rien n’était ?

Pour attirer le soutien du corps électoral Trump a promis que la croissance passerait à 4% contre 2% aujourd’hui. Mais cela ne peut suffire à mobiliser les électeurs. Il a donc flatté les plus bas instincts - racisme, homophobie, sexisme - pour attirer les secteurs les plus rétrogrades et mis l’accent contre le terrorisme - notamment en déclarant vouloir interdire l’entrée de musulmans aux Etats-Unis – et contre les immigrés accusés de mille maux et qui volent le pain des étatsuniens. Un grand classique de la droite qui n’est pas propre aux Etats-Unis.

Il a promis de refouler les 11 millions d’immigrés sans papiers. C’est oublier que ces travailleurs, surexploités car en situation irrégulière, sont largement employés dans l’agriculture et dans les services notamment la restauration, l’hôtellerie … peut-être aussi dans les hôtels appartenant à Trump ?

En résumé d’une part il propose un programme économique particulièrement profitable à des secteurs particuliers du capitalisme US et d’autre part il désigne des boucs émissaires responsables de tous les problèmes avec une démagogie fascisante.

Mais que restera-t-il de son programme alors que nombre de ses mesures sont controversées y compris dans le parti républicain et par le nouveau vice-président ?

Le monde a changé et la première économie au monde voit sa puissance s’éroder. Et l’impérialisme US cherche une stratégie pour empêcher, stopper ou au moins limiter son déclin relatif. Obama a été une première marche en ce sens. Trump va plus loin et d’une autre manière, en s’appuyant sur des secteurs capitalistes différents, ceux davantage impactés par l’atonie du marché intérieur. C’est le cri de combat de Trump : « America is back ». Il est parfois question d’un repli nationaliste. Mais les entreprises multinationales ou les institutions financières ne peuvent se contenter du marché intérieur étatsunien d’autant qu’avec la mondialisation leur taille, leur concentration, s’est considérablement accrue. Le nationalisme en question s’il se confirme consisterait à protéger son marché intérieur tout en exigeant l’ouverture des marchés étrangers. Au nom de la nécessaire hégémonie du grand protecteur US. Ce genre d’aventurisme a déjà montré dans le passé les risques et parfois les catastrophes qu’il charrie.

Robert Kissous, 12 novembre 2016

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