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Contributions au congrès extrordinaire de 2018 - Contribution de Patrice Le Gallois

La direction du Parti explique comment le recul électoral historique est le moyen d’accélérer la stratégie qui l’a provoqué ! La prise en compte de la parole des militants semble être canalisée, en conformité avec le verrouillage dans la désignation des membres du CN au congrès de 2016 ...
Pierre Laurent, lors du CN des 23 et 24 juin 2017, n'a t-il pas pris du temps sur le temps imparti aux délégations, pour faire passer son analyse et la suite de son programme ?... Le projet de résolution, présenté par Pierre Laurent, a été ratifié, après des amendements validant sa démarche, à une très large majorité. Il n'est que le reflet de la composition du CN.

A la situation d’urgence, au désaveu électoral, à la disparition de la moitié du vote communiste, à la radicalité formelle du mouvement petit-bourgeois de FI, la direction nationale n’entend donner aucun signal de sa propre remise en cause ! Elle entérine la nouvelle situation, encore dégradée, et sa continuité. Faut-il encore temporiser et attendre que choc et colère s'atténue dans le Parti, pour minimiser le fond, minimiser le malaise et l’amertume des militants, piégés, impuissants dans le cadre de choix nationaux intenables ?...
Mais pour le secrétaire national et la résolution, le recul électoral est largement contrebalancé par l’élection de 11 députés, membres du PCF, 4 de plus qu’en 2012 ! "Elle fait de nous une des forces qui a résisté à la tornade" (Pierre Laurent).
Alors, tout va bien !....

Maintenir un groupe était ainsi la priorité absolue, justifiant toutes les compromissions, notamment face à Mélenchon. 7 des 11 élus étaient soutenus ou directement candidats FI, jusqu’à, pour certains, effacer complètement leur appartenance au PCF. Tous ont été élus à la faveur de l’effondrement du PS.
Autre révélateur d’un mode de raisonnement politicien : L’accession de Marie-Pierre Vieu au Parlement européen qui n'est que la conséquence collatérale de l’élection de Mélenchon à l’Assemblée Nationale (dont elle était suivante de liste). Mais, rapport et résolution ont soulignés cette "autre victoire" !
Il en est de même de ces arrangements dits "accords électoraux" pour assurer (son) élection ou (sa) réélection... (sénatoriales sont un exemple évident).
Bref...

Ainsi, malgré le désaveu électoral, l’institution et l’appareil PCF sont préservés avec une autonomie apparente (groupe à l’Assemblée) et une cohésion minimale. Pierre Laurent et son équipe se pensent exemptés de toute remise en cause. Ne minimisent-ils pas leur propre responsabilité en tentant de la noyer dans une responsabilité collective de tout le parti et (ou) dans la fatalité de la situation politique ?

Faut-il oublier le choix de Pierre Laurent, en janvier 2016, de rentrer dans le processus des primaires initiés notamment par Cohn-Bendit ? faut-il oublier les tapis déployés pour séduire Cécile Duflot, Christiane Taubira ou Arnaud Montebourg ? Puis, faut-il ne plus se souvenir des tergiversations dans l'attente du résultat des primaires du PS ? ... Tout cela a pourtant contribué à dévaloriser l’intérêt du vote PCF. Faut-il effacer les déclarations dans les médias de Pierre Laurent  - le matin du CN et la veille de la Conférence nationale, et avant le vote des militants - annonçant son ralliement sans condition à la candidature de Mélenchon en novembre 2016 ?

En violation des statuts du Parti, le choix d’une candidature communiste ferme, sur des positions communistes de rupture, a été écarté du bulletin de vote par la direction. Il ne faudrait pas refaire l’histoire pour mieux la recommencer : Le PCF n'a aucun avenir s'il n'est qu'une coquille vide, parti de désistement ou de paillasson à FI, à Mélenchon et à ses prétentions hégémoniques ...
Mélenchon, égal à lui-même, a reproduit en petit, avec le Front de gauche, ce que son mentor Mitterrand avait opéré avec l’union de la gauche et le programme commun. Mais, nous communistes, nous ne retenons aucune leçon de l'histoire - aucune - et sommes prêt à recommencer ! A la différence que cette fois-ci, c'est la conséquence d’un choix isolé, sans accord ni programme ... commun !

Les revers électoraux résultent de ces choix politiques d’effacement de l’identité et des positions communistes !

Au nom de l’unité et du rassemblement, on a multiplié les compromissions stériles. On a sapé la condition essentielle du rassemblement des travailleurs et de l’unité des organisations progressistes : La place du PCF dans le rapport de force.

Mais - pour autant - je penserais logique que tous les partisans, dans le PCF, de la démarche de Mélenchon rejoignent la "France insoumise" ...

Pierre Laurent avait agité la perspective d’un changement de nom du PCF, mais finalement la direction semble se prononcer pour le maintien du nom. Pendant ce temps, les choix d’effacement de l’identité, des positions et de l’organisation communistes sont maintenus. Mais, dans les faits, le nom PCF est noyé sous l'enseigne "Front de gauche". Et quoi demain ? "Les communs" ou une autre formule comme l’ont déjà expérimenté des candidats aux législatives, anticipant sur les nouveaux contours de la gauche recomposée...
Cette question de changement de nom revient régulièrement. Est-ce la raison pour laquelle Pierre Laurent et sa direction s’efforcent d’associer le sigle PCF à l’échec et au passé ? Le mot "révolutionnaire", lui, est repris, mais de manière gratuite, alors qu'on ne cesse de le vider de son contenu et de le délaisser ...

Pierre Laurent, proche collaborateur de ses prédécesseurs (Robert Hue et Marie-Georges Buffet) veut maintenant un congrès qui finisse de "réinventer" le PCF ! Voilà la raison d'un congrès "extraordinaire", finalement très ordinaire, car est-il déjà annoncé que l’ordre du jour sera la continuation et l’aggravation de la stratégie en œuvre d’effacement du parti ? Oui, dès à présent, la direction essaie de ficeler l’ordre du jour du futur congrès. Elle entend utiliser le désastre électoral qu’il a contribué à causer, en toute connaissance de cause, pour prolonger et achever la liquidation du Parti, avec préservation de l’appareil. La fameuse "Mutation" initiée sous Robert Hue arrive-t-elle à son terme ?

Pierre Laurent invite ainsi à revoir "le rythme, l’ampleur et l’ambition des transformations du PCF", dans une recomposition à "gauche" avec les organisations sociales-démocrates dans "une perspective majoritaire de changement progressiste", jusqu’au 99% de la population, toutes classes confondues !! (voir "99%" de Pierre Laurent).
Mais, chacun sait que si l'union fait la force, la cohésion aussi ... Qui croit que l'ensemble des 99% aurait tant en commun qu'ils pourraient fédérer leur énergie pour renverser l'ordre établi ?! ... 99%, c'est trop !

La direction et le CN ont voulu un questionnaire en guise de préparation au congrès extraordinaire : Il comporte une liste de sujets "fermés" et des questions "ouvertes" qui, quelles que soient leur intérêt, préfigurent autant de discussions "cause toujours"... Les communistes doivent-ils avoir le moins de prise possible et de possibilité d’expression collective ? - De "Extraordinaire ", le prochain congrès ne pourrait bien n’avoir qu’un verrouillage plus serré, orienté, bâclé.

Les résolutions des congrès précédents ("rallumons les étoiles", "la France en commun") n'étaient-elles pas la clé pour un avenir prometteur ? Ou avaient-elles été déjà conçues pour embrouiller toutes les questions, éviter les contradictions essentielles ?...
Pierre Laurent et l’équipe dirigeante s’apprêtent-ils à utiliser l’insatisfaction des camarades, devant leurs propres pratiques antidémocratiques, pour les aggraver ? Une véritable expression collective, véritable prise en compte de textes alternatifs, est-ce trop risqué pour une direction en telle faillite politique ? Une révision politique complète, avec des débats théoriques approfondis, avec la participation la plus large des communistes (tous les communistes : y compris de ceux qui se sont écartés ou l'ont été ces dernières années) n'est-elle pas indispensable, nécessaire ?

La stratégie est suicidaire si les choix pédagogiques de la dévalorisation du PCF et de la défaite sont ceux du successeur de Hue et Buffet, suicidaire si le choix est de finir de transformer le PCF en appendice du réformisme, en un appareil intégré au consensus de la démocratie bourgeoise, vendant, pan par pan, l’héritage et patrimoine historique du Parti communiste français.

Les effondrements électoraux successifs sont fondamentalement le résultat de la contradiction entre l’identité historique forte que possède le PCF et la ligne politique de reniement de sa raison d’être.

Dans l’inconscient collectif, le PCF a une identité forte, la seule organisation politique qui s’est opposée de façon conséquente au capitalisme et qui a mis en échec sa domination dans le monde. Cette histoire forte, incomparable, est lourde à porter face à l’anticommunisme, à la domination idéologique désormais quasi-totale du capitalisme, à de nécessaires critiques et autocritiques. Pour ceux qui veulent vraiment rester communistes, c’est une lutte indispensable à l’heure de l’aggravation de la crise globale du capitalisme. Or, depuis 30 ans, la direction du PCF n’a insufflé que repentance historique, reniement, abandon des fondamentaux théoriques marxistes et léninistes, notamment de l’organisation du parti de classe et de masse.
 
En revanche, la critique (superficielle) de l’union de la gauche n’a pas empêché l’aggravation de l’intégration de l’appareil du Parti dans les institutions et la démocratie bourgeoise, avec de plus en plus d’alliances électorales avec la social-démocratie sans principes et sans rapport de force !

En conclusion, ce congrès s’apprête à n’avoir d’extraordinaire que le nom et la méthode (inédite !) avec un questionnaire à choix multiples ( QCM ) !
Ce questionnaire/sondage permet d’esquiver un bilan réel sur les causes et sur leurs responsabilités. Avancer le congrès de 6 ou 12 mois n’en fait pas un congrès "extraordinaire", et c’est la seule question que les adhérents sont invités à trancher dans ce questionnaire, sans doute pour donner l’illusion qu’ils décideront sur le reste...
Le congrès ne peut pas être "extraordinaire" si tout est fait pour écarter ce qui le justifie : C'est-à-dire l’état d’échec et de désaveu que le résultat électoral de juin a traduit.

Le déni, l’absence d’autocritique, la volonté de poursuivre la même stratégie sont ce qui semble ressortir de la volonté de la direction du Parti, dans la préparation du congrès. Pour Pierre Laurent, comme à l'époque de Robert Hue, on est toujours "au milieu du gué", il faut donc continuer les "transformations", "tout doit être repensé", et "procéder à des changements profonds", etc. La matrice "Parti communiste" est usagée comme l’indiquent les sondages...
Ah ! les sondages !...

L’introduction du questionnaire et toute sa conception traduisent cette volonté de se défausser du bilan et de diluer les critiques.
Si ma propre voix avait du poids, j'inviterais mes camarades à rejeter ce questionnaire, à rejeter cette méthode oblique ayant pour but de contourner le débat, l’expression critique des communistes afin de mieux poursuivre un chemin qui remettra en cause l’existence même du Parti.

Un tel questionnaire/sondage n’a rien à faire au parti communiste.
Les sondages sont conçus, les réponses traitées et interprétées dans le sens voulu par leur commanditaire. Les questions dites "ouvertes" appellent des réponses "cause toujours", ça occupe et ça rassure. Point.
Qui pourra tomber dans l'illusion d'avoir participé à quelque chose avec une telle caricature de consultation ? Les illusions viendront après, avec les regrets et les interrogations, comme d'habitude.

J'entends souvent dans nos réunions la formule "classes populaires". Formule reprise très souvent dans les écrits et discours communistes et dans ce questionnaire...
Cette formule est antimarxiste. Si elle est une pièce centrale de la critique marxiste du capitalisme, elle ne lui est pas propre. Cette notion fait simplement partie du lexique sociologique courant, sans analyse politique, et ne se réfère pas à la théorie marxiste.
La notion de "classe" se définie essentiellement sur le rapport entre la propriété des moyens de production et la création de plus-value par les travailleurs. En d'autres termes, par le fait qu'une minorité d'individus s'accapare une partie du sur-travail produit par le travail. Les "classes populaires" comme les "classes moyennes" ne sont pas de La "lutte des classes".
Malheureusement, cette formule "classes populaires" est entrée dans notre langage courant et à mauvais escient ... Mais, il est vrai qu'en parlant de "classes populaires" on se rapproche du "peuple, des "gens", en quelque sorte !...
Bref !

Engageons la reconstruction du parti de classe !

L'organisation du Parti et la rupture avec les positions d'abandon de notre identité sur les questions sociales, sociétales, industrielles, européennes, écologiques et environnement, etc. sont des questions présentes et urgentes.
Et plutôt que de répondre à un questionnaire de diversion, ne serait-il pas mieux de demander - maintenant - que le CEN et la direction du Parti présentent leurs bilans d’activité depuis le dernier congrès, soumettent et assument leurs analyses, et les orientations qu’ils proposent ?

Les communistes ont besoin de discuter sur un texte commun, dès à présent : C’est la condition du débat démocratique mais aussi de la survie et de la renaissance du PCF.

   Patrice Le Gallois

 

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