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Contributions au congrès extrordinaire de 2018 - Contribution de Paul Sindic

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          

 

Paul Sindic                                                                                            Août 2017

 

                      

Arracher l'humanité aux griffes

du

                     « capital mondialisé »

 

Proposition d'une liste de thèmes de discussion à développer au cours de la période 2017-2018 (appel de la direction du PCF)

 

Les thèmes et développements partiels qui suivent ne prétendent nullement à l'exhaustivité, mais ils essaient : a) d'identifier, selon l'avis, évidemment subjectif, de l'auteur, certains déficits d'analyse du PCF touchant aux grandes évolutions structurelles mondiales, b) de proposer, tant sur le plan national qu'international, quelques orientations visant à imposer des reculs décisifs à la logique mortifère du « capitalisme mondialisé » dont il devient urgent que l'humanité se débarrasse dans les meilleurs délais (10 à 20 ans), c) d'impulser pour cela la réalisation d'analyses élargies, la formulation de nouveaux objectifs nationaux et internationaux, à partir de structures et de stratégies communes aux forces progressistes de toutes natures, nationales, internationales (partis, syndicats, associations) partageant cette conviction et souhaitant rouvrir les portes d'un autre avenir d'épanouissement humain pour les habitants de notre planète.

 

Propositions de thèmes à approfondir

 - a)   Les activités, l'évolution politique depuis 1990 :

  -  du PCF (le glissement vers le réformisme de gauche, le repli sur    l'hexagonalité, le recul d'influence,  leurs causes) ( à détailler);

     -     des autres  forces politiques de notre pays (leurs diverses stratégies,

les contradictions entre forces  « progressistes »);

     -    des diverses forces politiques mondiales, (le grand virage quasi-universel vers le capitalisme   néolibéral) ;

      -   Le « capital mondialisé » et son accession à l'hégémonie planétaire, sa logique implacable menaçant désormais l'avenir de l'humanité, voire, potentiellement, l'existence même de celle-ci (voir art. PS humanite.fr 27/01/2017 « le capital mondialisé est une menace majeure pour l'avenir de l'humanité » );                            

                                                                                                                                                                                                              

  - Les menaces concrètes : les énormes inégalités, la faim chronique et les morts de famine, les guerres avec recrudescence de la barbarie, le refus des pays développés d'assumer les investissements de la maîtrise climatique au niveau nécessaire avec ses conséquences catastrophiques d'ores et déjà visibles, les menaces nouvelles de guerres nucléaires, etc. ;

     -    Les stratégies spécifiques USA, Chine, Russie, UE

 L'agressivité militaire US pour maintenir une domination mondiale menacée, la stratégie de domination économique planétaire de la Chine et les risques à terme d'affrontement militaire USA-Chine ; les attitudes USA, OTAN et UE vis à vis de la Russie (contradictions), la stratégie russe, le problème spécifique du Moyen-Orient ;

   - La complicité et/ou l'impuissance relative d'une ONU sous domination des grandes puissances et du « capital mondialisé », alors même que son rôle devrait être décisif pour sortir de la crise actuelle et dessiner un nouvel ordre mondial .

    - La conception même des instances dirigeantes de L'UE, des institutions européennes, fondamentalement à la solde désormais du « capital mondialisé » et foncièrement anti-démocratiques, fait désormais l'objet de contestations multiples (Brexit britannique, fausses contestations de l'extrême droite, soit française, soit de l'Est européen (Pologne, Hongrie), contestations légitimes de secteurs économiques sérieusement affectés par les mécanismes supra-nationaux européens – ex. agriculture française, etc.) au titre du rétablissement de souverainetés nationales bafouées. Dernière manœuvre récente, celle d'E. Macron faisant semblant de céder à la poussée d'une volonté générale de refondation de l'Europe pour la récupérer en allant en fait encore plus loin dans la soumission aux diktats du capital mondialisé.

Il est urgent que le PCF et d'autres forces progressistes nationales et européennes (membres de la GUE notamment, de la CES ?, associations, etc.) débattent et élaborent un nouveau projet d' une UE  progressiste, opposée frontalement aux diktats du capital mondialisé.

b) Des thèmes d'actions politiques possibles (non classés par ordre chronologique ou par ordre d'importance, mais présentant un certain degré d'urgence au moins au niveau de la bataille des idées).

La liste ci-après n'est pas, bien entendu, exhaustive (voir notamment § précédent)

Nous commencerons par des thèmes à dominante internationale, mais incluant potentiellement des retombées nationales :

-   Action internationale (contacts multiples à prendre) pour redéfinir les rôles de l'ONU et de son Assemblée générale en conférant à cette dernière la souveraineté en dernier ressort pour toutes les questions concernant l'avenir de l'humanité, la maîtrise des conflits armés, la possibilité de décider de mesures contraignantes pour les Etats (ex. lacunes COP 21), y compris de la création de prélévements fiscaux internationaux pour financer ces mesures (voir § suivant). Possibilité également dans ce cadre  de réorienter l'activité d'organismes internationaux spécialisés existants ou d'en créer de nouveaux. Ceci implique évidemment que les pouvoirs historiques exorbitants des membres permanents du Conseil de sécurité, liés aux circonstances spécifiques de 1945, soient complétement revus par une AG devenant souveraine en dernier ressort selon des modalités à déterminer (voir notamment les travaux du « Groupe des 77 » (130 pays) il y a quelques années et les décisions récentes de l'AG sur l'interdiction des armes nucléaires). Faire cesser aussi les situations d'illégalité internationale qui durent depuis des décennies (Israël/ Palestine notamment) et qui déconsidérent l'ONU.

Modalités d'engagement de batailles politiques à la fois nationales et internationales, touchant directement à la nécessité de faire reculer la toute puissance du « capital mondalisé » en matière :

 -  de domination des PED  : Redonner aux institutions spécialisées de l'ONU   ( UNESCO, OMS, FAO, ONUDI, PNUD, etc.) un  rôle essentiel dans l'aide à la définition et au financement des divers investissements-clefs du développement des PED  (infrastructures : routes, chemins de fer, eau, énergie - éducation-formation, santé - développement industries, agriculture,  services) dans le cadre  de « Contrats de développement » négociés entre le pays concerné et un organisme de coordination ad hoc des Nations Unies. Respect (en premier lieu par la France) de l'obligation pour les pays développés de verser 0,7 % de leur PIB pour ces réalisations. Instauration de prélévements fiscaux internationaux spécifiques (proposition taxe de 1% annuelle sur le patrimoine des 1%, soit 1.300 milliards de $/an, à partager entre les aides aux PED pour la maîtrise climatique et l'aide au financement des « Contrats de développement »). A la différence des activités actuelles de prédation des multinationales, les interventions des groupes français dans les PED devront s'insérer dans ce cadre international visant à faire disparaître notamment les migrations économiques forcées de la misère et de la faim ( voir article PS dans l' Humanité du 26 mai 2017 : « Et l'aide internationale au développement ? »).

   -   d'instauration d'un nouveau système international de « régulation solidaire des échanges commerciaux»

    Dès le XIX° siècle et l'intensification des échanges marchands internationaux dans le cadre du capitalisme naissant, les controverses entre « libre échangisme » et « protectionnisme » ont fleuri. Libre échangisme prôné par les nations s'estimant les plus « compétitives » et protectionnisme prôné par les nations en phase de construction de leur économie et/ou non compétitives dans la fabrication de divers produits. Mais, dans les deux cas, la motivation essentielle reste, soit de « protèger » les conditions de l'accumulation capitaliste, soit, à partir d'une compétitivité dominante, d'accroître fortement celle-ci. La controverse actuelle entre une Chine, devenue l'apôtre mondial du libre échangisme, et les USA, tendant à redevenir protectionnistes du fait de l'affaiblissement de leur compétitivité, le démontre à l'évidence.

Aussi, si l'on veut promouvoir d'autres finalités, supérieures,  dans les échanges commerciaux, en particulier celle de permettre le développement humain durable de tous les peuples, il faut de nouvelles régulations planétaires des dits échanges commerciaux visant de telles finalités. Sans rentrer dans le détail des propositions de telles orientations, il s'agirait de permettre à chaque pays de réserver pour chaque produit ou service une fraction de son marché national  (50 % en moyenne ?) à des produits (ou services) « nationaux » (entendre par là, « dont 80 % de la valeur ajoutée aurait été créée dans le pays concerné »).

Par ailleurs, des quotas d'accès libre, mais limités, seraient accordés aux produits des PED sur les marchés des pays développés ou grands pays émergents. Le reste des marchés nationaux serait d'accès international libre, avec un tarif douanier extérieur du type de celui de l'UE. Ce type de « régulation solidaire des échanges commerciaux » pourrait aussi s'établir entre « zones économiques régionales » (ZER) regroupant des pays développés (type UE restructurée)  et ZER regroupant des PED (type CEDEAO africaine) pour permettre d'élargir la gamme des productions possibles dans les PED grâce à des espaces économiques plus importants.

L'application de ces nouvelles régulations serait supervisée par une « Organisation mondiale du commerce » (OMC) aux missions redéfinies et sans doute régionalisée. Concrétement, la finalité serait de permettre à chaque pays de bâtir (cas des PED et pays émergents) ou de préserver (pays développés) des économies dynamiques et suffisamment diversifiées pour tendre vers le plein emploi. Cela implique aussi évidemment que chaque pays, et notamment les PED, soit en capacité, y compris politiquement, d'impulser sa propre politique de développement, notamment industriel, agricole, et services.

( voir exposé PS devant le LEM et article à paraître dans l'Humanité).

 

La critique de la politique française en matière de maîtrise, nationale et planétaire, du changement climatique (développement spécifique sur ce point crucial qui fait l'objet d'une désinformation massive)

 Cette politique est fort peu satisfaisante, marquée de contradictions majeures, plus préoccupée de compromis politiciens que de cohérences industrielles et d'efficacité. Elle est marquée, dans ce domaine comme dans d'autres, et y compris dans nos propres rangs, par une « hexagonalité » qui n'a pas lieu d'être, s'agissant fondamentalement d'un problème planétaire. Par ailleurs, notre pays restant, malgré tout, internationalement, un grand du nucléaire, nous sommes fortement impliqués dans la question de savoir si le nucléaire doit jouer un rôle majeur dans l'application de la recommandation du GIEC (COP 21) pour la maîtrise du changement climatique, à savoir que les pays développés et grands pays émergents (G20) réduisent fortement dès que possible l'utilisation des énergies fossiles carbonées, et, en tout cas, massivement avant 2050, en les remplaçant par une électricité décarbonée.

La reprise par N. Hulot des orientations politiciennes antérieures portées par S. Royal (réduire de 75 % à 50 % la part du nucléaire dans le mix électrique, prôner à tout va et à grands frais les énergies renouvelables, sans distinguer les énergies renouvelables carbonées (bois, biomasse, biocarburants), qui en fait n'apportent que très peu de réductions d'émissions, voire les accroissent dans les zones équatoriales (cf. plantations de palmiers à huile) n'est pas acceptable (voir communiqué récent du PCF, boycotté par les medias). Le refus de tenir compte de l'échec spectaculaire de la politique allemande en la matière reste apparemment inexplicable.

En effet, après près de 20 ans d'efforts, au rythme actuel de 25 milliards d'€/an, l'éolien et le photovoltaïque ne représentent respectivement que 2,1 % pour l'éolien et 1,2 % pour le solaire de la consommation allemande d'énergie primaire en 2016 (statistiques officielles) avec, par ailleurs, plus de 80 % d'énergies fossiles carbonées (pétrole, charbon, lignite, gaz). Le prix de l'électricité pour le consommateur individuel est le double du prix français, la quantité d'émissions par habitant (9t. eq CO2 contre 5t.) est quasiment le double du niveau français et les émissions allemandes de CO2 ont recommencé à augmenter au cours des dernières années.

Difficile de faire pire, comme impasse. Malgré cela, en France, silence médiatique et politicien sur cette situation allemande  et orientation officielle vers une voie de même type, moins caricaturale comme indiqué ci-dessus, mais tout aussi incohérente.

En effet, notre pays, comme l'Allemagne d'ailleurs, doit affronter, sans tarder, le défi des prochaines décennies, défini par la COP 21, évoqué ci-dessus, à savoir remplacer massivement avant 2050 les énergies fossiles carbonées (pétrole, gaz, charbon, lignite) soit 60 % du mix énergétique primaire pour la France, 80 % pour l'Allemagne, comme déjà indiqué.

Ceci implique en fait, pour notre pays, non seulement un maintien, mais plus vraisemblablement, un accroissement net du niveau de production actuel du nucléaire, car le scenario « negawatt », à forte dimension idéologique anti-nucléaire,  sur lequel repose la politique énergétique française actuelle est tout à fait critiquable. Il suppose notamment une réduction de la consommation d'énergie (50 %) tout à fait irréaliste (aucun pays ne prévoit de telles hypothèses d' évolution), vu les facteurs objectifs d'accroissement de celle-ci : accroissement de la population de notre pays, nécessité d'extraire de la précarité énergétique une fraction notable de la population française, nécessaire redressement industriel de notre pays avec consommation impérative d'électricité décarbonée, développement de la robotisation en remplacement de tâches manuelles, etc. Pour ce qui concerne la faisabilité d'un développement majeur à bref délai des renouvelables, l'exemple allemand se passe de commentaires (mais il n'est pas unique, on retrouve des situations similaires aux USA, en Chine, etc.), sinon que la France actuelle, avec ses orientations politiques, est de surcroît incapable de fournir un effort financier public similaire qui se terminerait de toutes façons par un échec.

Enfin, « l'hexagonalité » de la politique énergétique française (phénomène identique d'ailleurs en Allemagne et dans d'autres pays) ne prend pas en compte le fait que les pays développés ont à assumer aussi des objectifs planétaires supplémentaires de réduction des émissions, ç. à d. à compenser l'inévitable accroissement des émissions de CO2 des PED lié :  a) au fort accroissement de leur population (+ 2 milliards d'êtres humains sur terre dès 2050 – cf. attitude passive irresponsable de la communauté internationale et des diverses institutions religieuses quant à l'incitation à des politiques de maîtrise des naissances dans les PED (encouragement à la contraception),  b) à l'impératif du développement des dits PED d'ici 2050, si on ne les aide pas à se doter d'importantes unités de production d'électricité décarbonée à moindre coût, soit hydrauliques, soit nucléaires pour certains de ces PED (processus en partie amorcé en Afrique, en Asie et au Moyen -Orient). D'où  la nécessité forte  pour notre pays de la restauration d'une véritable stratégie, nationale et internationale, de développement de la  filière industrielle nucléaire et de sortie des incohérences actuelles. Nous allons y revenir ci-après (§ sur « Une nouvelle politique industrielle »).

Mais l'incapacité de notre pays à formuler depuis près de trois décennies une stratégie cohérente pour cette branche industrielle majeure (3éme branche industrielle nationale) mérite d'être analysée plus en détail, car elle est représentative d'une carence plus globale, celle de la quasi-disparition d'une politique industrielle nationale (extinction depuis la décennie 1980 (virage néolibéral du PS) de la stratégie industrielle nationale débutée en 1945 (poursuivie dans sa dernière version technocratique gaullienne des années 60 – Commissariat au Plan, aménagement du territoire, souci de l'indépendance nationale, initiatives de création d'entités sous contrôle public, suppléant aux carences du capitalisme privé, respect des statuts favorables historiques des personnels des entreprises publiques concernées, etc.).

Dans le domaine de l'énergie nucléaire, il y a de surcroît deux raisons politiciennes, spécifiques, à l'incohérence, voire à la disparition d'une stratégie industrielle d'envergure internationale. La première est que le parti socialiste, en difficulté après son abandon de la stratégie du programme commun et son virage néolibéral, a pensé se revigorer en se tournant vers une sensibilité écologiste en phase ascendante, dont l'un des thèmes existentiels favoris est de cultiver abusivement l'hostilité au nucléaire. D'où des décisions socialistes démagogiques, dont la plus emblématique a été la fermeture d'un nouveau type de réacteur dit de IVème génération, à neutrons rapides, parvenu au stade de la maturité industrielle (« Superphénix »), stoppé en 1998 au moment où le remboursement de l'investissement initial venait de commencer (perte nette 10 milliards d'€), responsabilité Lionel Jospin. Depuis, incapacité d'entamer la construction d'un nouveau prototype de IVème génération, « Astrid », pourtant déjà défini et indispensable pour l'évolution du nucléaire (nous sommes désormais le seul grand pays du nucléaire à ne pas avoir de prototypes de réacteurs de IV° génération).

Mais il y a en fait surtout une raison de fond, rarement évoquée ouvertement, à ce tissu d'incohérences, c'est la logique implacable du capitalisme néolibéral. La passion pour les renouvelables des investisseurs capitalistes et leur lobbying frénétique à ce propos dans notre pays n'est liée qu'à un prix spécifique de reprise de l'électricité produite leur garantissant, sans risques, une rentabilité immédiate d'au moins 10 à 15% pendant 20 ans, tandis que le nucléaire, même s'il garantit des profits économiques considérables, ne les confirme que dans la durée, après des investissements massifs de départ, toutes contraintes dont le capitalisme néolibéral occidental a horreur.

Or, une réalité est en train de s'imposer selon de nombreux avis scientifiques planétaires autorisés (ex. récents : avis de l'Académie des sciences française,

de « l'Imperial College » britannique, analyse de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) recommandant le développement du nucléaire, lettre récente d'un groupe international de sommités scientifiques (climatologie, énergie) au président Macron lui demandant de préserver le modèle énergétique français, en tant qu'exemple démontrant qu'un  développement planétaire d'envergure du nucléaire est incontournable pour maîtriser le changement climatique dès que possible si l'on ne veut pas se trouver d'ici quelques décennies devant des situations planétaires ingérables (submersion ou inhabitabilité de régions, voire de pays entiers, submersion de mégapoles côtières, dizaines de millions, voire bien plus, de réfugiés climatiques, etc.). Le black-out médiatique global fait sur ces informations, y compris dans les moyens d'information (peu nombreux) qui nous sont proches, est inquiétant. Notre position publique est floue (nous sommes « pour le nucléaire et les renouvelables »). Manifestement, le niveau d'information des militants et de nombre de cadres du pcf sur le sujet reste sommaire (méconnaissance notamment de la réalité du problème des déchets, survalorisé) et influencé par le pilonnage médiatique anti-nucléaire. Je pense qu'il faut en sortir, car nous avons un devoir d'information objective sur ces questions où se joue en partie l'avenir de l'humanité. Nous reviendrons ci-après  sur le sujet à propos des problèmes généraux de la politique industrielle.

- Les thèmes à dominante nationale (n'excluant pas là aussi cependant des  extensions internationales)

-      Thèmes abordés :

         -  Réflexions générales sur l'état de la recherche scientifique française;

        Notre pays posséde un certain nombre de grandes institutions publiques de recherche (CNRS, CEA, autres  grandes institutions de recherche publique spécialisées (INRA, INSERM, INRIA, etc. (1), laboratoires universitaires) qui sont au meilleur niveau mondial, si l'on en juge d'après le critère habituel du nombre de brevets scientifiques déposés. Cependant, d'autres indicateurs sont moins convaincants, comme le % des dépenses de recherche scientifique par rapport au PIB notamment, qui devrait être nettement plus élevé. Par ailleurs, d'autres éléments sont franchement négatifs. Par exemple, le sort réservé aux jeunes chercheurs. L'accession au statut de « chercheur » suppose en effet un niveau élevé de qualification (doctorat minimum), avec normalement un salaire qui devrait être en rapport. Or, nombre de jeunes chercheurs restent bloqués dans des emplois précaires pendant des années, ce qui n'est pas acceptable. De plus, il apparaît que, à qualification égale, les chercheurs sont mieux payés dans nombre de pays développés. Cette situation a provoqué des réactions collectives : (cf. Manifestation « Les sciences en Marche » en  2017 qui a exprimé une série de profondes inquiètudes, pleinement fondées, des milieux de la recherche : soit, entre autres, le constat de la diminution des crédits publics en faveur de celle-ci,  le traitement médiatique sur un pied d'égalité  entre des pseudo-analyses totalement anti-scientifiques et des rapports établis avec toute la rigueur scientifique nécessaire, le constat du développement d'une attitude anti-Science dans la société qui conduit, conjuguée aux éléments négatifs ci-dessus, les étudiants à choisir de moins en moins les carrières scientifiques, orientation désastreuse pour l'avenir de notre pays (2). A noter également le problème spécifique que posent les journalistes. Nombre d'entre eux sont issus de filières littéraires et leur niveau scientifique est souvent faible, d'où des attitudes ambigües de leur part à l'égard de la science et une tendance à favoriser les opinions la contestant.

Enfin, dernier point sur lequel la nécessité d'une réflexion progressiste nous paraît s'imposer sans tarder, le système de « captation sélective des résultats les plus avancés de la recherche technologique » construit par le « capitalisme mondialisé », à savoir les « start-ups », qui existe déjà aux USA à grande échelle. Le gouvernement Macron veut manifestement le développer dans notre pays (cf. le soi-disant étonnement de celui-ci « devant le faible nombre de jeunes français ambitionnant de devenir milliardaires » et la promotion idéologique et institutionnelle des dites « start-ups »). En effet, dans une institution de recherche, le chercheur ou l'équipe de recherche restreinte qui a fait une perçée significative devrait normalement se voir confier la responsabilité d'un laboratoire de recherche spécifique si les avancées faites le justifient, avec les progressions  de carrière correspondantes. Or, le système des « start-ups » aboutit en fait à permettre à des puissances financières du « capital mondialisé », assez souvent des milliardaires (Bill Gates et d'autres sont très actifs en la matière), de capter frauduleusement et abusivement les résultats positifs de programmes de recherche dont ils n'ont pas financé un sou, en faisant miroiter aux découvreurs initiaux la possibilité d'entrer eux mêmes dans les « paradis », y compris « fiscaux », du « capital mondialisé ». Il y a, selon nous, une bataille politique à livrer à ce propos, bataille qui, apparemment, ne va pas de soi.

 

     - La nécessité de reconstruire une véritable politique nationale  des activités productives (industrie, agriculture, services, énergie, transports, etc.) et des activités annexes (commerciales, financières) avec de nouvelles finalités : un  développement national de ces activités, visant le plein emploi, une nouvelle vision de l'aménagement du territoire, une présence à l'international avec d'autres finalités que celles, prédatrices, du « capital mondialisé ».  Cette nouvelle stratégie  devra comporter, de surcroît une innovation politique majeure et, selon nous, devenue indispensable, la participation collective directe des salariés des groupes d'une certaine taille à l'élaboration de cette stratégie nationale, dans chaque branche d'activité.

       - Les gestions des grandes entreprises françaises ont en effet connu des dérives de plus en plus accentuées depuis la fin des années 70 sous la pression de normes de rentabilité financière de plus en plus exorbitantes, incompatibles avec des activités productives normales et largement responsables du déclin de l’emploi industriel dans notre pays. On leur doit notamment les licenciements « boursiers » opérés par des groupes prospères, les bas salaires, le chômage élevé et la précarité structurelle de l’emploi, les délocalisations, le refus de toute responsabilité réelle vis-à-vis de l’emploi national, celui d’assumer des investissements stratégiques à long terme, même s'ils ne rapportent pas immédiatement (3).  Nous n'occupons plus de place  significative dans nombre de branches industrielles importantes et le déficit commercial de notre pays est en train de se creuser. Par ailleurs, le véritable holdup sur les finances publiques que constituent par ailleurs les multiples passes-droits fiscaux trustés essentiellement par ces grands groupes en découle également.

- Par ailleurs, si l’on veut que l’espèce humaine survive et ne sombre pas dans la barbarie, il faut mettre fin à la misère dans le « Sud », faire face à la gravité des urgences environnementales (climat, énergie, etc.). Cela exige de  très importants investissements planétaires ne répondant pas à de tels critères de rentabilité financière. L’incompatibilité entre cette exigence et la priorité absolue donnée actuellement à  une accumulation privée forcenée de profits financiers entre les mains d’une infime minorité est en fait totale.

Il est donc devenu impératif d’arracher à cette infime minorité constituée par les classes dirigeantes du capital « mondialisé » la responsabilité de la gestion des grandes entreprises pour la redonner majoritairement et conjointement à la communauté nationale et aux salariés de ces entreprises.

Pour entamer ce processus, il nous paraît  d'abord nécessaire de reprendre une bataille idéologique essentielle, à savoir l'idée que « seul le travail crée des richesses »   (4) qui légitime un droit imprescriptible des salariés à jouer un rôle majeur dans les décisions d’affectation des richesses qu'ils ont créées. Par ailleurs,  la démonstration  a été faite depuis longtemps dans notre pays que les salariés sont parfaitement aptes collectivement à gérer une entreprise (cf. entreprises abandonnées par leurs patrons pétainistes en 1945, redressées et sauvées par leurs salariés à l'époque, et aussi les SCOPs, évidemment):

- I) L’introduction des représentants  des salariés dans les organes de décision des grandes entreprises avec un poids suffisant

 C'est déjà le cas dans les groupes à participation publique majoritaire ( héritage du « programme commun » et des « lois Auroux »), 1/3 des sièges dans les Conseils d'administration). Exemples EDF, Areva, SNCF, la Poste, etc. La définition des « grandes entreprises » (ou « groupes ») reste à discuter (> 1.000 salariés ?), mais tous les secteurs d’activité sont à inclure (industrie, services, banques, chaînes de distribution, etc.).

Nous proposons, pour notre part,  de fixer à 40% les droits de vote à détenir par les représentants des salariés dans les organes de décision de ces grands groupes. Le statut de ces représentants serait celui déjà existant découlant des lois Auroux (élection périodique par les salariés, pas de rémunération spécifique, etc.).
Cependant, pour que ces administrateurs salariés soient utiles, il faudra qu'ils soient capables de porter des positions fortes et majoritaires, venant du personnel de ces groupes, y compris des positions de contestation de la stratégie des dits groupes (c'est le cas actuellement chez EDF où apparemment une contestation majoritaire (CGT, FO, CGC) met en cause publiquement la stratégie internationale de ce groupe). Mais, certains administrateurs salariés peuvent à l'inverse se faire les porte-paroles des positions de la direction auprès des personnels du groupe concerné. Il faut croire que le MEDEF croit à cette possibilité, puisqu'il n'a émis aucune objection (au contraire) à ce que deux lois de 2013 et 2015 permettent l'élection ou la désignation de un à deux administrateurs salariés dans les entreprises privées de plus de 1.000 salariés (40 % environ de celles-ci auraient procédé à cette élection). Il y a donc déjà un affrontement idéologique en développement entre le « capital mondialisé » et « les forces progressistes (potentielles) » pour faire basculer de leur côté les salariés des grands groupes. Comment cette bataille peut-elle être gagnée ? En impliquant directement et individuellement l'ensemble des salariés d'un groupe dans l'élaboration de stratégies (développement des activités et de l'emploi) correspondant à la fois à leurs propres intérêts  et à l'intérêt national.

II) L’élaboration démocratique de nouvelles stratégies des activités productives

C’est un point essentiel, car l’implication directe, individuelle, des salariés dans ce processus, l'exploitation dynamique de l'étendue de leurs compétences pour des finalités auxquelles ils adhéreront pleinement, sont à elles seules, selon nous, susceptible de modifier en profondeur le rapport de forces politique en France, notamment en ressoudant les collectifs de travail dans une appropriation « politique » de ces projets d’intérêt national. Pour cela, nous proposons le processus suivant : 1) Reconstitution d’un nouveau « Commissariat au plan » (mais  l'appellation importe peu), démocratisé et structuré notamment autour de Commissions par branches d’activités productives (chercheurs, représentants des ministères de tutelle, des syndicats, spécialistes de la branche, experts désignés par les organisations syndicales, etc.) chargés d’élaborer une première ébauche de stratégie de branche conforme aux finalités déjà exposées en I) ci-dessus. 2) Ces ébauches de stratégies seraient envoyées et diffusées dans les Groupes concernés pour discussion, critiques, propositions nouvelles à formuler via des Assemblées du personnel, l’élection de commissions spécifiques (les entreprises de 50 à 1.000 salariés de la branche pourraient, elles aussi, sur demande de leurs salariés, participer à ce processus). Elles seraient aussi envoyées aux régions pour avis et propositions. 3) Renvoi de toutes les critiques et propositions au niveau national. 4) Elaboration d’une synthèse de stratégie de branche communiquée pour avis final aux différents acteurs de l’élaboration, votée ensuite par le Parlement, officialisant ainsi ces nouvelles stratégies, points d’appui décisifs dans les luttes pour une autre gestion.

L'une des tâches essentielles de ce nouveau « Commissariat au Plan » sera  également de proposer la création de nouvelles entités industrielles, y compris à capitaux publics, dans les branches industrielles qui auraient disparu ou qui seraient à créer. Une réflexion approfondie devra être menée également sur de nouveaux modes de financement, le niveau des dividendes distribués. La création d'une « Ecole nationale de gestion industrielle », permettant de choisir des dirigeants non issus des milieux financiers capitalistes et capables de porter d'autres orientations, compléterait ces orientations.

A noter également que nos propositions en matière de sécurité emploi formation pourront évidemment être d'autant plus efficaces et performantes que le niveau d'emploi sera plus élevé,  proche du plein emploi. Enfin, au delà des acquis existants, ce rôle accru du personnel dans la gestion des groupes du type exposé ici devra être aussi testé dans les services publics (amélioration des services rendus, personnel en nombre et niveau adéquats, accueil, efficacité, etc.).

Structures politiques : Essai de réflexion sur les conditions de la mise sur pied dans notre pays d'un nouveau « Front progressiste », d'un type original, regroupant, à l'échelle de notre pays, à la fois des militants politiques et leurs organisations, des militants et adhérents syndicaux, avec éventuellement leurs organisations, des militants et adhérents d'associations, tous mobilisés à des titres divers contre les situations insupportables infligées à des dizaines, voire des centaines de millions d'êtres humains, à la fois dans leurs propres pays, mais aussi à l'échelle de la planète (migrants et réfugiés), contre les guerres qui redoublent de barbarie (voir plus loin). Au sein de ce front, chaque organisation conserverait son autonomie et son indépendance, mais l'ensemble de celles-ci discuterait d'analyses, d'actions, voire de stratégies communes ou complémentaires, visant  à infliger dans les meilleurs délais des reculs décisifs au « capital mondialisé », à définir des modalités de leurs mises en œuvre, soit dans des actions parallèles, soit dans des actions communes au fur et à mesure de l'évolution des idées .

Le mode de fonctionnement de ce « Front progressiste » ferait l'objet de « chartes » débattues largement et publiquement entre les différents partenaires de ce Front. A combattre, notamment, le poids négatif de la « présidentialisation » du système politique français, tare spécifique et anti-démocratique de celui-ci, et dont l'expérience montre qu'elle influence négativement les forces progressistes elles-mêmes (ambitions personnelles de certains leaders, comme facteurs de division désormais exploités par l'adversaire).

En toute hypothèse, et quelle que soit les options retenues au niveau national pour les relations entre forces progressistes nationales sur lesquelles nous allons revenir, le PCF devrait pour sa part combler impérativement deux de ses grandes lacunes actuelles:

- La nécessaire mise sur pied de groupes de travail pluridisciplinaires (divers secteurs du PCF concernés). Ceux-ci pourraient, au delà de leurs membres communistes, intégrer des spécialistes progressistes incontestés des sujets traités, des spécialistes venant du monde syndical et du monde associatif, permettant d'élargir le champ de vision des groupes de travail concernés.

- La distanciation qui s'est établie en de trop nombreux lieux de vie et de travail entre des militants communistes insuffisamment présents (en nombre, mais aussi en niveau d'activité) et les salariés d'entreprises, les habitants de quartiers populaires, dégoûtés par les pouvoirs de droite et/ou social-démocrates qui ont trompé leurs espoirs. Ils sont devenus abstentionnistes pour témoigner de leurs écoeurements. Si on ne les aide pas, individuellement, à se réinsérer dans les combats, politiques, sociaux, nous ne ferons pas reculer « le capital mondialisé », nous ne le battrons pas démocratiquement, orientation qui devra demeurer un principe fondamental de notre combat politique et de celui des forces progressistes. Cela va être une tâche prioritaire, mais difficile, d'autant plus qu'il ne faudra pas seulement parler, simplement, mais aussi  écouter, élaborer en commun, si l'on veut retransformer ces abstentionnistes en citoyens actifs et souverains.

Cependant, ne sous-estimons pas l'évolution rapide des esprits, notamment quant à la gravité de la situation nationale et planétaire. Contestation du capitalisme et aspiration au  « socialisme » (pas à la « social-démocratie ») nettement majoritaire chez les jeunes générations (19 à 29 ans) aux USA, appréciation sur l'évolution inacceptable du capitalisme majoritaire au Royaume-Uni et, semble-t-il, aussi en Allemagne. Nombreuses contestations des pouvoirs établis dans les PED. La chute très rapide de la popularité de Macron témoigne aussi d'une évolution significative dans notre pays. Bien entendu, ces questions ne concernent pas que les communistes, mais aussi toutes les forces progressistes.

 

Nous ne pouvons dans le cadre de cette note, délibérément partielle et déjà trop longue, énumérer tous les thèmes de lutte d'un nouveau « Front progressiste ». Nous en avons abordé quelques uns dans les développements qui précédent.

 

 Ajoutons, in fine, celui de « la relance de la lutte, nationale et internationale, pour la paix » au titre de l'urgence et de l'aggravation de la situation mondiale (le texte qui suit s'inspire largement des efforts d'analyse d'un groupe de réflexion informel, fortement préoccupé par la dégradation de la situation internationale, l'escalade dans des conflits mutiples marqués par de nombreux massacres de civils, par la mondialisation des attentats terroristes, par des menaces nouvelles de conflits nucléaires, etc.).

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Un rôle ambitieux et novateur pour la paix

Il est nécessaire de donner un rôle ambitieux et novateur de promoteur de la paix à notre pays. C’est une grande tâche politique pour le PCF que d’y contribuer activement, dans une grande détermination, y compris avec ses partenaires progressistes, en France, en Europe et dans le monde. Les Communistes doivent s’investir dans la durée et faire de ce combat une priorité de leurs engagements de solidarité internationale et de rassemblement, en France, de toutes les forces qui veulent aussi mener cette bataille. La dégradation sérieusement préoccupante de la situation internationale et le haut niveau des enjeux font de ce choix une exigence incontournable.

La France peut et doit s’imposer comme un acteur qui compte dans les relations internationales afin de montrer un autre chemin que celui de la guerre, de la course aux armements, des politiques de domination... Dans cet esprit, les autorités françaises doivent prendre, pour le désarmement en général, et pour tous les types d’armes, de fortes initiatives nationales et multilatérales.

Éliminer les armes nucléaires.

Concernant les armes nucléaires elle devrait ratifier dans les plus brefs délais le traité d’interdiction de ces armes adopté à l’ONU par un vote largement majoritaire de 122 États membres. Elle doit montrer l’exemple et entraîner l’ensemble de ses partenaires, notamment européens, à faire de même. Ce traité constitue un acquis précieux des luttes pacifistes et politiques pour le désarmement et la sécurité internationale. C’est aussi un appui très important pour les combats à venir alors que la crispation injustifiable, en particulier des autorités françaises, sur l’existence des arsenaux atomiques montre l’acuité de l’enjeu.

Parce qu’elle sont un danger pour l’existence même de l’humanité, parce qu’elles maintiennent, au quotidien, au nom de la dissuasion, une situation problématique d’insécurité mondiale permanente, les armes nucléaires doivent être éliminées dans le cadre d’un processus de désarmement multilatéral. C’est pourquoi la France doit se sentir la responsabilité de ratifier et de faire ratifier le traité d’interdiction tout en veillant, de façon complémentaire, au respect du Traité de Non Prolifération (TNP), et notamment au respect de l’article 6 de ce Traité si important. Cet article engage en effet clairement tous les signataires du TNP au désarmement nucléaire : il appelle à des négociations pour un Traité de désarmement général sous contrôle international.

- Un progrès décisif de la sécurité internationale est ainsi plus que jamais possible. Le droit international offre ainsi un cadre collectif renforcé, un chemin légitime et obligatoire qui doivent s’imposer à tous les États. La France doit en faire sa feuille de route et son guide pour l’action.

De grands choix qui s’imposent...
La France doit affirmer une indépendance et une capacité d’action originale et forte dans le monde, avec la volonté de nourrir l’exigence d’un ordre mondial différent, débarrassé des logiques de puissance et de domination. De grands choix s’imposent donc aujourd’hui à elle afin de s’inscrire dans cette voie.

Elle doit sortir de l’OTAN. Il lui faut agir pour la dissolution de cette organisation politico-militaire au profit d’une nouvelle architecture de sécurité européenne et internationale. Celle-ci devant être conforme aux buts et aux principes inscrits dans la Charte des Nations-Unies, en s’inscrivant dans les institutions de l’ONU. L’abandon de l’atlantisme, de l’alignement sur les États-Unis, et l’ambition élevée d’une telle transformation de l’ordre mondial découle des crises, des impasses dramatiques auxquelles conduisent les stratégies et les guerres des puissances dominantes.  Elle résulte aussi des attentes sociales des peuples... et même, ici aussi, des souhaits exprimés par une majorité d’États du monde. En Juin 2004, par exemple, 133 pays ont adopté la « Déclaration de Santa Cruz » qui revendique l’exigence d’un Nouvel ordre international pour le développement, pour l’égalité, pour les droits des migrants, pour le multilatéralisme... Ce texte progressiste n’a pas fait la « une » des grands médias... Il montre comment, au delà des guerres et des sinistres dégâts du néolibéralisme, subsistent et s’expriment des aspirations profondes au progrès social, à la démocratie et à la paix.

La France doit réellement rompre avec la « Françafrique ». La fin de celle-ci à été annoncée à de multiples reprises, comme argument de campagne électorale présidentielle ou autre. Mais cette politique, ancrée dans l’héritage de la longue histoire de l’impérialisme français, n’a pas cessé pour autant, loin de là.

En Afrique, la France doit transformer radicalement sa politique. Elle doit en finir définitivement avec les pratiques hégémoniques et prédatrices de la « Françafrique » et les interventions militaires qui s’inscrivent dans ce système néocolonial. Elle peut agir pour transformer ses propres relations avec ce continent en véritables accords de coopération d’intérêt réciproque et d’aide au développement. Elle doit agir de même pour que les accords de l’UE avec les pays du Sud établissent des partenariats d’intérêt mutuel, alors qu’ils se résument essentiellement aujourd’hui à des zones de libre-échange favorables aux multinationales et aux capitaux des puissances dominantes. Ces transformations indispensables seraient la meilleure contribution possible à la paix, au développement dans toutes ses dimensions, à la sécurité des peuples et à l’arrêt des migrations massives dramatiques pour cause de guerres, pour échapper à la misère et à des régimes de dictature.

 

Au Proche-Orient, les autorités françaises maintiennent avec constance une politique systématiquement et totalement déséquilibrée en faveur des dirigeants israéliens, de leur politique d’occupation militaire et de colonisation de la Palestine. La France officielle, amie des régimes arabes les plus réactionnaires et anti-démocratiques, cautionne et encourage l’agressivité d’Israël vis à vis des Palestiniens et des États voisins. Cette politique française est injustifiable. Elle constitue un abaissement diplomatique pour notre pays. C’est un reniement des valeurs auxquelles les autorités françaises se réfèrent pourtant si volontiers.

Ce choix français nourrit les tensions internationales, les risques d’affrontement armés et d’un embrasement toujours possible. Notre pays apporte un consternant soutien à un gouvernement israélien aujourd’hui dominé par l’extrême droite dont les pratiques d’apartheid sont marquées par une violence exacerbée et par un insupportable mépris vis à vis du peuple palestinien. La poursuite de ces pratiques justifie tous les appels aux sanctions et au boycott dont l’Union Européenne elle-même, par la voix de Federica Mogherini – Vice-Présidente de la Commission et Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité -  a reconnu la conformité aux conceptions juridiques européennes. Le PCF doit participer avec détermination à l’action légitime qui s’inscrit dans ce cadre.

 Il faut en finir avec cette scandaleuse orientation de la politique française sur la question de Palestine. Les autorités françaises doivent être rappelées en  permanence aux principes qui fondent la légalité internationale. Une paix juste et durable, conforme à l’esprit de la Charte de l’ONU et aux résolutions adoptées dans ce cadre, doit constituer le fil rouge de l’engagement français en faveur d’un règlement conforme au droit. Un règlement dont les conditions, tant de fois réitérées, sont connues (un État palestinien indépendant dans les frontières d’avant Juin 1967, au côté de l’État d’Israël, Jérusalem-Est pour capitale, droit au retour des réfugiés...). Mais l’engagement français doit aussi montrer une vision du monde, un sens de l’éthique et de la dignité en politique, et la reconnaissance de sa propre responsabilité. La portée humaine, historique et politique de cette question de Palestine exige une hauteur de vue à ce niveau.

Pour les droits de tous les peuples... Plus généralement, la France doit accorder la plus grande attention à la question sahraouie et à la question kurde, et plus généralement à tous les peuples, en Amérique latine ou ailleurs, qui luttent pour leur droit à la souveraineté, à la démocratie et à la liberté. Les autorités françaises doivent, de bonne foi, prendre des initiatives qui contribuent à des solutions politiques et à la réalisation des droits de ces peuples qui sont trop souvent à la merci des stratégies de puissances et des logiques de force dominantes. Les guerres, les régimes dictatoriaux et le contexte chaotique d’aujourd’hui, en particulier au Proche-Orient et dans le monde arabe, ne doivent pas faire oublier la résistance et les combats démocratiques difficiles mais légitimes de ces peuples avec lesquels les Communistes sont pleinement solidaires.

La lutte contre le terrorisme doit s’inscrire dans cette nouvelle vision du monde. Elle ne peut se résumer aux options ultra-sécuritaires, à l’indispensable chasse aux réseaux organisés, à la nécessaire répression d’une violence politique criminelle et de l’effarante sauvagerie des attaques actuelles. Elle ne peut échapper à une réflexion sur les causes sociales de ce phénomène, sur l’épuisement visible de l’ordre mondial et des stratégies mises en œuvre dans ce contexte depuis tant d’années... Elle doit passer par un processus de transformation globale des relations économiques et politiques internationales. Ce qui est posé, c’est toute la question de la démocratie, du mode de développement et de la sécurité internationale par le règlement politique des conflits, par la mise en cause de l’unilatéralisme et du bellicisme des puissances dominantes. Ce sont les prémisses d’un monde nouveau qu’ils faut définir dès aujourd’hui afin de pouvoir enfin sortir des impasses inhérentes aux logiques de guerre et d’oppression, et à celles de la crise de l’ordre international.

Enfin, derniers thèmes de réflexion à ne pas négliger :

 

Réfléchir à des discussions avec d'autres catégories sociales que les salariés : artisans, petits commerçants, petites PME, petits agriculteurs dont divers indices, contacts pris, montrent qu'ils prennent conscience qu'ils sont aussi victimes, en fait, comme les salariés, d'une pression sans cesse accrue du capital mondialisé et que leur sort est plutôt lié au pouvoir d'achat de ces derniers qu'à la richesse  des 1%. Nous ne devons pas les abandonner à la stratégie actuelle de récupération de Macron.

Entamer, simultanément, à l'échelle planétaire, tous les contacts nécessaires avec les forces progressistes qui luttent déjà dans un certain nombre de PED pour l'indépendance économique, le développement humain  de  ceux-ci, dans les pays développés pour des objectifs similaires aux nôtres, à savoir infliger des reculs décisifs au « capital mondialisé » par des voies démocratiques et ouvrir les portes d'un autre avenir d'épanouissement humain dont les conditions objectives existent déjà, si des luttes adéquates sont menées. Nous préparerions ainsi, avec toutes les autres forces progressistes désireuses de lutter aussi pour de tels objectifs, l'édification d'un Front progressiste international, seul susceptible de faire reculer le « capital mondialisé ». A noter aussi à ce propos, la critique vigoureuse du « capitalisme mondialisé » faite par le Pape François, avec ses avancées et ses limites, ainsi qu'un article très récent de S. Amin (28/07/2017), porteur, lui aussi, d'une critique acérée du « capitalisme mondialisé » (5), de l'impératif de se débarrasser sans tarder de sa logique destructrice et de constituer pour cela une « Internationale des travailleurs et des peuples ».

    Il faut aussi faire rêver. Sans se lancer dans des envolées lyriques, il faut aussi tracer les grands traits possibles d'une autre humanité où chacun pourra satisfaire ses besoins essentiels, sans crainte du lendemain, avec une réduction de la durée du travail permettant une vie plus riche (activités culturelles, sportives, sociales), où pourra être stoppée la dégradation écologique de la planète, le gaspillage des ressources naturelles, etc.

    - Autres urgences de ces  premiers combats, la mise sur pied d'outils de communication spécifiques du ou des Front(s) progressiste(s) tant à l'échelle nationale qu'internationale, apportant des informations radicalement différentes de celles structurées par le capital mondialisé pour pilonner les opinions publiques. Batailles politiques publiques aussi pour que les idées du ou des  Fronts progressistes gagnent un droit d'accès régulier à l'ensemble des medias, à la hauteur de leur poids réel dans la lutte des idées, dans chaque pays, comme à l'échelle internationale.           

 L'humanité est à un tournant fondamental de son histoire. Si tous les êtres humains qui n'acceptent pas qu'elle s'enfonce dans des enfers, soit économiques (probabilité d'un krach boursier mondial entre autres), soit de guerres et de barbarie, soit climatiques, pouvant aller jusqu'à sa destruction sur une terre devenue invivable au sens propre du terme (cas d'un conflit nucléaire majeur par exemple), ne se hissent pas à la hauteur de ce défi, c'est ce qui nous attend, n'en doutons pas un instant. Trop d'indicateurs significatifs pointent dans le même sens.

 

  NOTES

     (1) A noter que figure dans cette liste l'ADEME, dont les références peuvent être difficilement qualifiées de « scientifiques » (cf. le « scénario Negawatt »), ce qui laisse perplexe ;

   (2) Cette situation globale inquiète de grands scientifiques, cf. le livre d' Etienne Klein « Allons-nous liquider la science ? ». Il y a manifestement des efforts importants à faire, en France, au sein de l'éducation nationale et dès le Lycée, pour combattre ces dérives négatives, qui n'existent d'ailleurs pas dans ombre d'autres pays européens ;

   (3)  La force des industries asiatiques (Chine, mais aussi groupes privés du Japon, Corée du Sud) est d’avoir conservé ces capacités d’investissement à long terme, en mettant de côté la rentabilité immédiate, tout en atteignant des situations de plein emploi dans ces deux derniers pays.

  (4) Ibn Khaldoun (1332-1406), (cinq siècles avant Marx !), in « Al Muqaddima » (Discours sur l’histoire universelle), puis Marx évidemment.

 (5)« Defend Democracy Press », Samir Amin « L'indispensable construction d'une cinquième internationale des travailleurs et des peuples ».

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